Stéphane Arnoux invente Toucango : la reconnaissance faciale pour réduire le risque routier professionnel

30 août 2016

La circulation routière est la première cause de mortalité au travail. Pour améliorer la vigilance au volant, la start-up Innov+ a inventé un dispositif d’observation du conducteur. Stéphane Arnoux, CEO et cofondateur d’Innov+, en précise les avantages.

 

En quoi la circulation routière est-elle un facteur de risque professionnel important ?

Le risque routier professionnel est aujourd’hui largement sous-estimé par les salariés et par les entreprises. Pourtant, les chiffres sont édifiants :
– il est à l’origine de plus de 20 % des accidents mortels au travail, c’est-à-dire la première cause de décès au travail,
– 72 % des salariés utilisent la voiture et 4% un deux-roues pour se rendre à leur travail*
– 57 % des salariés déclarent conduire un véhicule pour des déplacements professionnels, en dehors des trajets domicile-travail *

* Etude annuelle Malakoff Médéric – Santé et bien-être des salariés – 2015

Quelles causes peuvent être invoquées pour expliquer les 20 000 accidents professionnels annuels ?

Selon les conclusions de l’enquête Ifop-MMA Les actifs et la route : quelle conduite lors des trajets professionnels ? 2015, plus des 2/3 des salariés interrogés avouent avoir un état d’esprit négatif à l’égard des déplacements professionnels, ce qui contribue probablement à leur faire adopter un comportement dangereux sur la route.

Plus de 8 salariés sur 10 adopteraient au moins un comportement dangereux parmi les 4 suivants : l’utilisation du téléphone portable en conduisant (pour les 3/4 d’entre eux), la conduite en état de fatigue, le dépassement de la vitesse autorisée (pour 71 % d’entre eux), et enfin la conduite après avoir consommé plus de 2 verres d’alcool.

 

En quoi consiste la solution Toucango que votre start-up a développée ?

Notre solution Toucango est en phase d’expérimentation finale chez plusieurs clients, et elle est installée sur une cinquantaine de véhicules. Elle vise en priorité les publics professionnels mais non exclusivement. Trois secteurs professionnels sont spécifiquement visés : le transport par autocar (avec des clients de référence comme Transdev et Eurolines), le transport poids lourds (Pomona), les véhicules utilitaires (artisans) ou particuliers (dirigeants et commerciaux).

L’objectif de Toucango est de permettre au conducteur de conserver sa vigilance sur la route. Et cela dans le cadre de la problématique de l’endormissement au volant, qui constitue la 3e cause d’accidents mortels sur les routes.

L’endormissement se caractérise par certaines expressions du visage, certaines inclinaisons de la tête, ou par des changements de rythme oculaire. Grâce à sa caméra, le boîtier de Toucango peut les déceler, et déclencher une alarme sonore et visuelle (par clignotement de LED et affichage de petites icônes sur l’écran).

Notre solution semble convaincre de nombreux professionnels de la route, puisque nous avons déjà plus de 250 commandes en présérie. Les équipements de série devraient être disponibles fin 2016 ou début 2017.

De façon générale, indépendamment de notre solution, une prise de conscience semble nécessaire : selon un second sondage Ifop-MMA**, seuls 4 % des chefs d’entreprise ont planifié des actions de prévention du risque routier pour l’année 2016, et pour ceux n’ayant pas mis en place de telles actions, ils expliquent en premier lieu ne pas y avoir pensé (53 % des cas).

Qu’est-ce qui distingue votre start-up et les technologies qu’elle emploie ?

Innov+ est actuellement installée dans les locaux de l’école d’ingénieurs SupOptique, avec qui nous développons un capteur optique innovant. Notre dispositif Toucango surveille la vigilance du conducteur en suivant son regard sur la route, et l’alerte en cas de décrochage. S’il détecte que le conducteur quitte à nouveau la route du regard, il génère une alerte sonore encore plus forte. De plus, Toucango surveille les signes de somnolence (rythme d’ouverture des paupières, vitesse de clignement, micro-sommeils, bâillements). L’analyse du regard peut s’effectuer même de nuit ou avec des lunettes de soleil, grâce à un capteur infrarouge. Son écran indique en permanence au conducteur son niveau de vigilance, par l’intermédiaire de petites icônes. Des alertes par vibrations, envoyées dans le siège du conducteur, peuvent également être générées.
Pour aller au-delà de cette solution d’alerte, nous essayons de donner au conducteur un outil lui permettant de s’améliorer. Ainsi, en fin de trajet, le boîtier effectue un bilan et l’affiche. Notre boîtier étant équipé d’un GPS, il peut comparer les performances sur un trajet effectué de façon habituelle.Ces remontées d’informations permettent aux conducteurs de développer leur vigilance, de mieux identifier et comprendre leurs moments de fatigue, et ainsi de s’améliorer au fil du temps. Elles permettent aussi de créer et d’animer une communauté de conducteurs vigilants.

Comment la confidentialité du conducteur est-elle protégée ?

Les partages de données sont volontaires et anonymes. Dans un esprit d’amélioration personnelle, le conducteur peut comparer ses performances avec celles d’autres conducteurs, sur le même trajet.

De son côté, l’entreprise peut recevoir ces données anonymisées et les analyser. Par souci de confidentialité, la géolocalisation ne s’effectue pas en temps réel. Au terme du trajet, l’entreprise peut visualiser sur une carte les moments les plus difficiles en termes de vigilance, éventuellement au niveau d’une équipe. Sur cette base, un plan de prévention peut être engagé. Ces informations peuvent constituer un axe d’information ou de valorisation des conducteurs. Comme le veut la loi, les entreprises doivent déclarer à la CNIL l’usage réel ou projeté des données recueillies. Ce type de projet doit également être soumis au CHSCT.

Quelle sera votre prochaine étape technologique ?

Nous souhaitons ajouter de l’intelligence artificielle dans nos dispositifs. Les alertes pourraient ainsi progressivement s’adapter à la façon de réagir et de conduire du conducteur. Ces alertes personnalisées, qui pourraient aussi tenir compte du lieu et du moment, seraient probablement encore plus efficaces.

** Sondage Ifop-MMA : Les professionnels et la route : quelle connaissance du risque routier de leurs salariés ? 2016.

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